mardi 31 mars 2009

A l'immoral amoureux


Il sourit. Il aime les jolies femmes de Paris. Celles en bottes, celles en rouge, celles fines et élégantes, celles qui rient, celles planantes ... Il les aime toutes, les invite, les cajole. Et une soirée, ou plus, elles croiront être uniques. Elles auront envie le lendemain de croquer le monde, de vivre à l'ombre des lilas en fleurs, une fontaine de champagne rosé pour se désaltérer et des blondes à fumer. Elles n'auront besoin de rien d'autre ... pour une fois. Elles l'écouteront raconter des histoires, lire des poèmes inconnus et divaguer parfois sur le plaisir éphémère et l'instant à cueillir. Il embrassera tendrement les cheveux longs de celle pour qui le temps s'est arrêté, une nuit, sous les étoiles.

Toujours sous les étoiles, il ne pleut pas dans son pays. Les nuages, il les a chassés depuis longtemps car ils le desservaient.

Alors sur les boulevards, quand il y marche, le rythme des talons de la belle du jour cadencera ses pas la nuit et comme un métronome, annoncera les baisers et les chuchotis. Grisée par ses murmures, la jeune fille électrisée rougira de plaisir de la tête aux pieds et, sous les réverbères, en une seconde, il l'aura rendue belle, comme par magie.
Pour la fugacité des étincelles ...

vendredi 27 mars 2009

Dompter la bête


Elle aura la peau du lapin ... pas par le fusil mais en l'apprivoisant. La date est fixée, elle ne reculera pas. Ce qu'elle a toujours désiré, son inconstance, pis ! son inconsistance, l'en a éloignée et a ralenti le moment où enfin, elle mettrait sur ses épaules ce que petite fille, elle caressait déjà. Si elle l'avait laissé partir, c'était pour mieux mûrir, pour réfléchir, pour douter et embrasser en toute connaissance de cause ce qu'elle aurait à abandonner. Et finalement, elle ne perd rien ... pas même sa liberté. Le lapin n'est pas en cage, sa folie non plus, ses espoirs encore moins ... L'alliance ne les enchaîne ni ne les asservit, elle les dompte et les sublime.

La peur est loin maintenant. Bien sûr, elle ressurgira, tenace et vaillante ... seulement, cette fois, elle n'est pas seule, elle sera trois.

mercredi 25 mars 2009

Question de gravité


Alice est fatalement attirée vers le bas et elle a beau s'accrocher à la corde raide de la transcendance, elle glisse, tombe et pleure jusqu'à se noyer dans ses larmes. Elle avance et recule, charrie, varie, grandit puis régresse, et c'est là que le bât blesse car elle cesse d'essayer, lassée. Il lui reste un peu de jeunesse et quelque espoir, des piliers ici ou là, des bornes, des panneaux, des cartes pour continuer sa quête mais elle voudrait que le lapin montre un peu sa tête, le bout de son nez, une oreille ou la queue pour reprendre ainsi la poudre d'escampette.
Alice en demande trop mais n'en fait pas assez. Alice gamberge au lieu de gambader. Alice se nuit, nuit et jour et s'ennuie. Alice envie la vie des autres.

Alice grave, ment, lourde ... son coeur de son corps.

Alice est mal barrée.

jeudi 19 mars 2009

Peine perdue

Tu as un grain de folie dans le coeur, me dit-il.
Après les grains de beauté, c'était le grain de folie ...
Je ne savais pas si c'était un mal ou un bien, une anomalie, une tumeur ou une fantaisie ?
Et ma préoccupation première était de savoir si ça enrayerait ou non le mécanisme.
Et si la sécheresse en était la cause ou le symptôme.
Mais personne ne savait.
Il y a des gens qui sont morts à l'intérieur, d'autres qui ont des regains de vie indépendants ...
Le grain de folie, c'est un peu ça, j'imagine. C'est pourquoi tout le monde ne peut le voir, le partager, ou l'embrasser.
Ce remède contre l'immonde, c'est une chance et un malheur, un truc qui cloche mais qui tinte bien.
CQFD.

mercredi 18 mars 2009

Les Oiseaux déguisés


Tous ceux qui parlent des merveilles
Leurs fables cachent des sanglots
Et les couleurs de leur oreille
Toujours à des plaintes pareilles
Donnent leurs larmes pour de l'eau

Le peintre assis devant sa toile
A-t-il jamais peint ce qu'il voit
Ce qu'il voit son histoire voile
Et ses ténèbres sont étoiles
Comme chanter change la voix

Ses secrets partout qu'il expose
Ce sont des oiseaux déguisés
Son regard embellit les choses
Et les gens prennent pour des roses
La douleur dont il est brisé

Ma vie au loin mon étrangère
Ce que je fus je l'ai quitté
Et les teintes d'aimer changèrent
Comme roussit dans les fougères
Le songe d'une nuit d'été

Automne automne long automne
Comme le cri du vitrier
De rue en rue et je chantonne
Un air dont lentement s'étonne
Celui qui ne sait plus prier

Louis Aragon

lundi 16 mars 2009

L'excès, la fougue et l'euphorie


Et le boomerang m'éclate la mâchoire et repart ... Et pan, en pleine tête. 2 coups sans K.O mais j'ai mal à la tête, j'ai du sang plein la bouche, je crois ... Je vacille un peu, me rattrape à mon chêne.
L'hibernation est terminée ... je me serais passée d'un réveil aussi rude mais c'est peut-être celui qu'il me fallait.
La route est longue et si je titube, je ne risque pas d'en voir le bout ...
Alice se perd encore ... Distraite ou aveugle, elle n'a pas fini de se cogner.
Mais Alice a le temps et la tête dure.
N'oublions pas ...

vendredi 13 mars 2009

The Joker


C'est un polaroïd ! Une photo prise dans l'instant qui n'a pas d'écho dans le temps. C'était un peu de magie, de légèreté, derniers instants de liberté. Il n'y avait pas de lendemain, pas de temps, pas d'espace. Une escapade dans un monde parallèle qui m'a fait délirer, écrire, rêver, écrire, sourire.
Le voyage a ses séquelles : un bouillonnement intempestif dans la poitrine constellée, des battements saccadés des papillons évadés et des notes de musique échappées d'une portée.
On n'en sort jamais indemne de toute façon.
Et je ris ... encore ...
Jusqu'à ce que les vagues effacent de leur écume les clés et les soupirs, je prends ce soir le bateau et laisse l'océan valser sur la plage.
Et si un coquillage pouvait rester, je reprendrais bien en poupe l'alizé.

jeudi 12 mars 2009

Disparue


Les vapeurs se sont dissipées, la raison a repris sa place et le cœur se tord d'avoir été oublié ... On dirait qu'il maigrit ... ou peut-être s'assèche-t-il de nouveau ! Et revoilà encore ce naturel au galop !
Le remords ronge et tente d'effacer les bons moments passés. Il a raison le bougre, mais quelques sourires parviennent à le dissiper : éclats d'esprit, perles insensées, décor inadapté.
Où est donc partie la jeune fille bien du passé ?
A la rencontre de l'été, de l'être qui ne sera jamais.

mercredi 11 mars 2009

La causerie des mimosas


Cette nuit, j'avais 15 ans. Je n'étais qu'éclats de rire, insouciance, impertinence ...
Cette nuit, j'ai tout oublié.
Comme si demain n'existait pas, comme si le temps s'était arrêté.
Cette nuit, j'ai vécu un mirage, un rêve de jeune fille libertine, de folle à lier qui aime danser.
Il ne me reste maintenant qu'une senteur sur la peau et l'alcool dans les veines. Une symphonie de synesthésies, aussi, qui résonne dans ma tête et quelques percussions lancinantes. Mes yeux écarlates s'écarquillent dans le vague, mon squelette indolent cherche son marionnettiste, mon être tout entier est un champ de bataille ...
Et pourtant ...
Cette nuit, la lumière rencontra l'ombre, et s'éclipsa avant avril.
Cette nuit, ce fut le printemps, où il fait bon vivre sous les mimosas.

mardi 10 mars 2009

Fantasia


Avant le Sacre du printemps, l'oiseau de feu étend ses ailes, survole la terre endormie et la réveille. Réchauffés, les premiers bourgeons, timides, apparaissent, les arbres renaissent, plus verdoyants encore, et une nouvelle saison se prépare.
La nuit fait place au jour, l'hiver à la saison des amours.
Et, en même temps, l'oiseau brûlé renaît de ses cendres. Deux mois de convalescence ne seront pas suffisants, mais les plumes se lissent déjà, le plumage s'illumine et la tête se redresse. La douleur est persistante mais la vie a repris ses droits.
La porte des enfers est loin derrière et devant nous.